samedi 23 février 2008

Vis ma vie

Il y a plein de monde dans la salle, un brouhaha amplifié par la hauteur du plafond. Peu de visages familiers, beaucoup d’inconnus, beaucoup trop.


Il n’y a rien de pire que l’attente. L’attente est fatigante, éreintante, exténuante. La réalité ferme l’infini des possibilités, l’attente oblige à envisager le tout, dans ce qu’il a de plus absolu.
Le meilleur comme le pire, l’attente oblige à chaque fois à faire l’effort d’imaginer une multitude de scénarios.

J’étais déjà fatigué, là je n’en peux plus de faire et de refaire ma vie.

……………..........................

Ma vie…..jusqu’à aujourd'hui, je ne lui ai jamais accordé beaucoup d’importance, à peine je lui concédait un peu de valeur comme celle de tout être humain. Mais jamais, je n’ai essayé de lui chercher un sens.

Depuis le début de cette vie, je l’ai traversé sans trop me poser de questions et surtout sans trop faire de vagues.
Je me limitais à faire des études, à sortir de ma petite ville, à trouver du travail, à évoluer socialement…

Même mes rêves étaient tout ce qu’il y a de plus commun. Trouver une femme simple et aimante, fonder une famille tout ce qu’il y a de plus banal, avoir des enfants et leur donner plus de chances que je n’en ai eu et remercier un jour, même tous les jours, ceux par la grâce desquels j’aurais réussi.


Rien que d’insignifiantes petites envies sans grande prétention. D’ailleurs toute ma vie je me suis considéré comme quelconque. Je n’étais qu’un figurant, quelqu’un qu’on ne remarquait jamais. Toute ma vie, j’ai porté sur mes épaules la cape de l’invisibilité. J’étais monsieur tout le monde, ou plutôt j’étais monsieur personne.


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Il fait son entrée, il a la mine de ceux qui comptent. De son visage se dégage une force : celle du pouvoir et pas n’importe lequel, celui de vie ou de mort.

Il ne me regarde pas longtemps et plonge les yeux dans ses dossiers.
Je suis habitué à ce regard, je l’ai (dé)croisé toute ma vie. Je suis trop commun pour que l’on perde le temps de s’y attarder

……………........................

Jusqu’à ce fameux 15 janvier. Ce jour-là, je me suis créé en autre, tel que je n’ai jamais été, entouré de lumière, sous le spot des projecteurs.

Ce jour-là, en quelques minutes, en m’identifiant, et pour une fois, tronaient des lettres de noblesse.

Ce jour là, j’ai joué un jeu… Ce jour là, j’ai tout perdu.

……………………………….


Le bruit s’est calmé dans la salle, en face de moi, je vois ma petite famille.
Ils me font des signes d’encouragement en totale contraste avec leur mine.

Le silence règne
………………………….

Il s’éclaircit la voix et annonce clairement :
« Fouad Mourtada, AU NOM DE SA MAJESTE, ce tribunal vous déclare coupable d’usurpation d’identité et falsification de documents informatiques….

……………….
Tout s’embrouille devant mes yeux, l’angoisse et la peur ont laissé place à une excitation proche de l’ivresse.

Je vois ma future femme s’éloigner, je vois mes enfants que je rêvais adultes s’évaporer, je vois ma carrière s’achever avant même d’avoir commencer.

Trop de souvenirs me submergent :
A la lumière du soleil de mon enfance, se juxtapose désormais le gris d’une cellule.
Mes proches sont remplacés par des inconnus à la mine patibulaire, qu’hier encore j’évitais de croiser dans la rue.

mes collègues, mes camarades de classe, les fêtes familiales, toutes ces petites choses que je ne considérais même pas se bousculent actuellement dans une course haletante et avec le désagréable goût d’une vie antérieure.

…………………….

…..et vous condamne à un peine d’emprisonnement de trois ans ferme assorti d’une amende de 10 000 dirhams. La séance est levée ».


Pas que la séance monsieur le juge, pas que la séance.

22 commentaires:

soy a dit…

"Madame La Justice Marocaine" ne t'a pas entendu. C'est désolant... En ne voyant pas de post sur le sujet ce matin sur ton blog, j'ai eu peur que tu n'arrêtes aussi... Désolée d'avoir douté de toi...Mais la sentence du juge me fait douter de tout maintenant.

lamisa a dit…

trés belle plume fhamator.
courage

Emomo a dit…

Je sens que Fouad aurait senti comme ça lors de son jugement. C'est vraiment tragique.
Espérons que le jugement sera cassé bien que ce sera plus coriace. Madame Justice a démonté encore sa froideur envers les demande de clémence.

Laurent Bervas a dit…

c'est amusant, je venais de terminer mon billet du jour en pensant à toi. Je me disais que mon voisin fhamator allait devenir plus sérieux ... et je tombe sur ce billet.

Bien à toi.

SimoBenso a dit…

Une chose a ajouter :
En ce moment, je reviens dans l'ombre, mais à présent, on se souviendras de moi, comme étant le boukémissaire qui as était puni pour avoir commis une chose qui relève de l'absurdité pour la plupart, créer un faux profil sur facebook.

Mohamed El Kortbi a dit…

Et ben, Fouad a commis une incroyable connerie sans penser aux conséquences

ألف تخميما و تخميما و لا ضربا بالمقص

lady zee a dit…

émue.

F. tu te bonifies avec l'âge tandis que l'autre F. ne vivra peut-être plus rien de bon pendant trois ans.

Anonyme a dit…

ach bghiti 3endi a ssi fhamator had nhar...
Tres bien ecrit j'avoue; trop bien meme! Au moins que ca me touche personnellement et ca me rappelle le calvaire d'un etre cher...
Le sentiment le plus difficile dans ce monde c'est quand tu te retrouves "helpless"; tu veux aider quelqu'un dans le petrin mais tu n'y peux rien!

Inspiration

asmae a dit…

Fouad Mourtada a commis la "connerie" fatale!! la blague qui lui a TOUT couté!!
Mon dieu quel cauchemar!
Bravo pour l'article!

FouadSousLeTapis a dit…

Double peine : Sana Guessouss condamne Fouad Mourtada


Quelle est la différence entre Sana Guessous et le juge qui a condamné Fouad Mourtada ?


Aujourd'hui SANA GUESSOUSS, l'animatrice de l'émission hebdomadaire blogoma sur Radio Aswat, nous a servi une rediffusion de l'enregistrement avec Mohamed Laroussi du 15 décembre 2007 où il est question de big blag blog et de pronostics sur les blog awards.

Sana Guessouss n'a rien annoncé à ses auditeurs. Pas un seul commentaire sur le pourquoi de cette rediffusion ni sur le reste... Pas un mot sur le seul sujet de la blogoma depuis une semaine : Fouad Mourtada. Ni sur les fermetures et les grêves de blogs. Ni sur le débat qui fait rage et la mobilisation chez Larbi.

Il y aurait beaucoup à dire sur la partialité et le manque de professionnalisme de cette journaliste et de son émission. Mais restons en pour l'instant à sa lacheté.

Et vous voulez qu'on face confiance à cette élite là ?
Non Messieurs, le débat ce n'est pas le régime monarchique marocain. C'est la lacheté, l'immaturité, la corruption dans l'âme des cadres et des élites marocaines. La monarchie reste le moindre mal pour notre beau pays.

La moindre des choses pour un journaliste c'est d'informer. Pis un journaliste spécialisé sur la blogoma doit, a le devoir de, informer sur ce qui s'y passe ... hélas, nous n'avions droit cette fois, et exlusivement cette fois, ni au compte rendu concernant ce qui été publié pendant la semaine ni aux ditribes habituelles à la Laurence Boccolini, l'animatrice du maillon faible ... juste une rediffusion sans précision sans un mot !

Sana Guessouss peut avoir une opinion différente ! Mais son devoir est d'informer, de donner les diverses opinions.

Aujourd'hui elle démontre sa lacheté et son opportunisme et absence totale d'ethique et de déontologie et du même coup inflige une deuxième peine au pauvre FOUAD MOURTADA.

Laila a dit…

3 coups de theatre… et que la mascarade commence… la liberte agonise… les mots se meurent… le rideau est baisse… coups bas… 3 ans de prison ferme… ta gueule peuple… et subit…

Alea jacta…

Laila la blagueuse et non blogue use… sans blague

medjri a dit…

Salut Fhamator, je viens de te taguer pour un jeu. Viens voir les règles sur mon blog.
A toi de jouer maintenant!

Youness a dit…

Un text digne de victor hugo. Un exposé contre la Bêtise de dame justice.
A bon entendeur

Sana a dit…

@Fouad sous le tapis : Heureuse de retrouver ce commentaire ici. Je ne pouvais répondre sur Larbi.org parce que les commentaires y sont fermés. J'aurais peut-être réagi de la même façon si je ne baignais pas dans le milieu journalistique. Je ne serais pas en mesure de comprendre certains faits et cela me consternerait de voir qu'une telle affaire soit "passée sous silence" dans une émission censée parler des blogueurs marocains. Je tiens quand même à dire, pour ma défense, que je n'ai pas éludé le sujet pour éviter le pire. Ce jour-là, j'étais de corvée aux matinales, ce qui signifie que je devais me lever à 4h du matin pour boucler ma journée à 13h. Après les infos, j'me suis mise au travail, j'ai préparé la moitié de l'émission, que j'avais décidé de consacrer exclusivement au marasme de la blogoma. Mouvement de grève, démission de blogueurs, réactions par rapport à l'affaire Mourtada, un tas de joyeusetés que je me faisais un devoir de véhiculer parce qu'il était de mon devoir de le faire. Mais je t'avoue que, passées 16h à la radio, je ne me sentais pas le courage de continuer. Exténuée. Cela ne me ressemble pas de passer des redifs. Mais bon. Quand on frise le surmenage, il faut savoir s'arrêter. Ce n'était pas par lâcheté ou par je m'en foutisme. Et de là à faire rimer "mon incompétence" avec l'indifférence d'une "élite" apathique et opportuniste... Je t'avoue que ça me sidère. Mais bon, les coups de pompe ne durant pas très longtemps, et la rémission suivant ce genre d'événement durant, elle, indéfiniment, j'en parlerai samedi prochain. Et les samedis d'après. Pas pour te faire plaisir, toi et tes camarades avez de toute façon décidé de boycotter l'émission. Mais pour faire mon boulot. L'allusion aux 100.000 dirhams d'amende infligés à HitRadio pour avoir laissé des auditeurs proférer des insanités à l'antenne, telle que racontée par Wassim sur Larbi.org, ne saurait être comparable au traitement d'une telle affaire. Je ne donne pas mon avis, je traite la chose de manière journalistique, donc neutre, m'est avis qu'on ne va pas me chercher des pous pour si peu. Sur ce, bon début de semaine.

une marocaine a dit…

Que dire à part navrée, désolée pour ce jeune homme. Et j'ai honte pour mon pays!

Zaz a dit…

j'ai tellement honte pour notre pays, et tellement de peine pour ce pauvre Fouad.
Merci fhamator pour cet article émouvant.
et que la mobilisation continue.

tequiladrenaline a dit…

Merci Fhamator pour ce texte juste et fort en émotions...

Il faut dire aussi que ton chomage aidant, tu ne frises pas le surmenage, toi, et que par conséquent tu as bien le temps de parler de cette affaire !

Merci encore...

un cowboy nommé desperado a dit…

Belle mise en scénario Fham's...
on aimerait en faire plus pour Fouad, et pour les autres, mais le Marteau de Damoclès est tombé...

Anonyme a dit…

@un cowboy nommé desperado
c'est l'epée de damocles si je peux me permettre

un cowboy nommé desperado a dit…

@anonyme: oui cher(e) anonyme, tout à fait, peut être que j'ai voulu être trop fin en remplaçant l'Epée par Le Marteau de la justice...capitch? ;)

Anonyme a dit…

je croyais connaitre le sens du mot "honte"!je croyais avoir déjà connaissance du sens de la honte, et bien non!je viens de le découvrir!
devrais-je remercier Madame Justice Marochienne pour cette decouverte,pour cette rencontre improvisée et fabriquée avec la honte?oh ke non!
j'ai honte de mon pays!

Signé big-up
bravo fhamator pour ce poste!

Mohamed El Kortbi a dit…

le compte est réel.